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Le diable, la vie et moi

Affaire Mitterrand : éloge de la trash culture

 

À propos d'une photo parue dans l'Express du 15 octobre 2009 : "en juillet dernier, Frederic Miterrand, entre-temps devenu ministre de la culture, rencontre ses lecteurs à Gradignan".

C'est un auteur qui, comme tant d'autres dédicace son livre. Sauf que lui le fait en pleine rue, ce qui n'est pas si fréquent. La photo montre l'homme de profil, un profil peu avantageux avec un menton fuyant et une grosse lèvre inférieure qui pend. Appliqué, Frederic Mitterrand dédicace l'ouvrage devant une petite blonde d'âge mûr qui le surveille attentivement, les lèvres pincées d'admiration retenue. Autour d'eux, la foule des admirateurs bruisse, sourires aux lèvres.

Fréderic Mitterrand signe son livre, "La Mauvaise Vie", un récit autobiographique détaillé de ses amours avec des hommes jeunes, presque des gamins, des "gosses", comme les nomme l'auteur de ce "sex reality show" littéraire.

Un auteur qui dédicace son roman n'a en soi rien d'étonnant. Ce qui l'est déjà beaucoup plus c'est que l'auteur de cette sulfureuse "Mauvaise Vie" ait été nommé Ministre de la Culture. Personne ne lirait donc au gouvernement français ? Peut-être cherchent-ils des bâtons pour se faire battre ou plus simplement à faire diversion en allant pêcher dans le vivier "people" des personnalités dites d'ouverture (sans mauvais jeu de mot).

Mais ce qui m'étonne personnellement le plus, c'est le succès de ce roman vendu au rythme de 1000 exemplaires par mois et beaucoup plus depuis le déchainement médiatique suscité par "l'affaire". À quoi pense-t-elle donc, la dame blonde de la photo en admiration devant son auteur ? Manifestement, elle n'a pas réfléchi que l'homme debout devant elle à la toucher, paraphant son livre avec application, pourrait ne faire qu'une bouchée de ses fils et les jeter après usage, unique de préférence, comme une vulgaire chaussette.

Qu'est-ce qui motive ces milliers de lecteurs à se jeter sur la biographie d'un vieil homosexuel amateur de jeunes éphèbes ? Les confidences sans pudeur d'activités sexuelles réprouvées ? Le nom de famille de l'auteur ? Les deux ? Certes, mettre le nez dans les caleçons d'un "people" est plus excitant que de mater la vie sexuelle de la mère Denis, fut-elle Catherine M.

Le people fera toujours vendre. Tout le monde le sait, les éditeurs en tête. Alors pensez-donc, un ministre de la (trash) culture…

 

Addenda

Depuis que je me pique de décoder le sourire des auteurs people du moment, mes amis se moquent: "et les dents de Frederic Mitterrand, qu'est-ce qu'elles disent ?". Eh bien, j'ai été voir : l'auteur de la "Mauvaise Vie" a deux grosses et larges incisives centrales, soit deux grosses "palettes" au milieu du sourire.

D'après Estelle Vereeck*, experte en langage des dents, cela dénote un fort besoin de reconnaissance, autrement dit une personnalité fortement narcissique. Si, si…

* auteur du Dictionnaire du langage de vos dents


Décodage dentaire du sourire : les (longues) dents de l'emploi

 

Dans mon article précédent, je vous parlais de la remarquable approche du Dr Estelle Vereeck sur la symbolique des dents. Sans le savoir, j'ai spontanément utilisé la symbolique universelle du décodage dentaire du sourire pour décrire l'un des personnages de mon roman L'homme qui détestait Noël, Gregory Saltzmann que j'ai affublé de longues et branlantes canines. J'ai découvert grâce aux ouvrages d'Estelle Vereeck que cette symbolique avait un sens plus profond qu'il y paraît.

 

Les longues dents de l'emploi de Stephenie Meyers

Nos dents et notre sourire révèlent-ils notre personnalité ? Après avoir lu les ouvrages d'Estelle Vereeck, j'en suis personnellement convaincue, d'autant que je viens d'en avoir une preuve supplémentaire inattendue. 

symbolique du sourire : les longues dents de l'emploi La photo ci-contre est celle de la bouche de Stephenie Meyers, une "collègue" bien plus connue que moi (la veinarde) et auteur de la série "Twilight".  Twilight dont on vient de tirer un film, narre les amours impossibles entre une jeune fille, Bella, et un vampire.

Voyez-vous où je veux en venir ? Regardez attentivement cette photo. En dépit de sa piètre qualité, on voit nettement les proéminentes canines de miss Meyers, dont le sourire n'est pas loin de ressembler à celui de mon héros (en un peu plus blanc, je vous l'accorde):

 

symbolique des dents du diable
 

Mais tout de même, la ressemblance est saisissante, n'est-il pas ? Alors voilà où je veux en venir : la canine étant traditionnellement la dent du vampire, il n'y a pas de hasard à ce qu'une jeune femme pourvue de canines aussi volumineuses que miss Meyers soit fascinée par l'univers des vampires au point de "pondre" quatre tomes sur le sujet.

 

La dent du pouvoir

Je vous laisse découvrir le sens qu'Estelle Vereeck attribue à la canine et le rapport avec les vampires. Reste que bien des personnalités connues du show biz et de la politique (Céline Dion, François Mitterrand, pour n'en citer que deux) se sont fait refaire les crocs pour avoir un sourire plus conventionnel. Stephenie Meyers, avec tout l'argent qu'elle gagne, pourrait prendre exemple sur eux, n'est-il pas ?

À voir : le site d'Estelle Vereeck et ses articles sur le décodage dentaire

 


Symbolique des dents : diable !

Dans L'homme qui détestait Noël, Grégory Saltzmann, le trouble et mystérieux antiquaire, est le personnage dont le physique est décrit avec le plus de détails.
 
En tant qu'auteur, je ne construis pas mes personnages mais je me laisse imprégner par eux, je les laisse surgir de mon imaginaire avec leur entièreté, leur singularité et leur caractères spécifiques. Ce fut le cas pour Grégory Saltzmann, dit G.S., dont je devais me rendre compte plus tard que son nom prête à un jeu de mot tout à fait inattendu et que je n'avais pas prémédité.
 
Cela me conforte dans l'idée que chaque personnage, tout comme l'histoire elle-même, porte sa propre logique. Il n'est que de le laisser apparaître, évoluer et vous mener là il où il a choisi d'aller. Eh oui, ce sont mes personnages qui me guident et non l'inverse !

Pour en revenir à Grégory Saltzmann, il présente la particularité physique d'avoir une bouche particulièrement repoussante, avec des dents déchaussées, de longues canines branlantes et une haleine à tuer les mouches.
La bouche de Grégory Saltzmann pourrait ressembler à ça…
 
 
symbolique des dents du diable

Sourire peu engageant, je vous l'accorde…
 
 
J'ai décrit ce personnage tel qu'il m'est apparu sans chercher à comprendre ni à rationaliser le sens de cet état dentaire déplorable. Je ne pensais pas d'ailleurs qu'il y eut un sens particulier à ces dents si abîmées, jusqu'à ce que je tombe par hasard sur les livres d'Estelle Vereeck. Cette ancienne chirurgien-dentiste a fait un travail remarquable et fouillé, sur le sens des dents et des atteintes dentaires.

C'est ainsi qu'en parcourant le Dictionnaire du langage de vos dents, j'ai réalisé que l'état dentaire de Grégory Saltzmann n'était pas aussi dégradé par hasard.
 
Pour Estelle Vereeck, la bouche et les dents symbolisent le verbe créateur. Or chez un être aussi trouble et maléfique que Grégory Saltzmann, le verbe ne peut être que corrompu. C'est ce que symbolise son état dentaire lamentable accompagné d'une haleine pestilentielle. Plus encore, Estelle Vereeck associe le déchaussement à l'impuissance, l'impossibilité de contrôler sa vie sans pour autant que la personne qui en souffre accepte de lâcher prise. Or, sous ses dehors de toute puissance, Grégory Saltzmann est en réalité faible et impuissant, tellement impuissant qu'il vampirise ses malheureuses victimes car, comme le diable, il ne peut exister par lui-même.

Ainsi, en écrivant ce livre, j'ai fait du décodage dentaire sans le savoir !

Cela m'apparaît aujourd'hui d'une lumineuse évidence, même si, au moment d'écrire cette histoire, je n'ai absolument pas réfléchi au sens de ces détails qui n'ont rien d'anodins.


Le pouvoir évocateur des mots dans le processus créatif de l'écrivain

À la différence de tout autre créateur, l'écrivain dispose d'un outil de création absolument fabuleux et sans équivalent : le langage et donc les mots.

Si on compare avec un cinéaste par exemple, ce dernier a besoin pour raconter une histoire d'un matériel hallucinant de complexité. Décors, caméras, acteurs ne sont que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus vaste et complexe que peu soupçonnent. Il suffit de voir les centaines de noms composant le générique du moindre film, même à budget modeste. Et encore, on ne parle pas des effets spéciaux composés sur ordinateurs, grâce à des logiciels ultra sophistiqués.

Si on se penche à présent sur le matériel d'un écrivain, celui est plus que spartiate : du papier et une plume pour nos prédécesseurs. Je concède qu'aujourd'hui on écrit plus guère à la main et qu'il faut un ordinateur avec un logiciel de traitement de texte. Mais tout de même, par rapport au cinéaste, quelle économie de moyens !

Si on poursuit la comparaison, le cinéaste utilise des images pour nous raconter une histoire. Si la scène se passe dans un café par exemple, le film va nous montrer un décor soigneusement pensé, agencé et mis en place sans que rien soit laissé au hasard, composé de nombreux éléments (chaises, tables, banquettes, lumières, etc.), choisis dans le but de nous plonger dans une ambiance particulière. Le spectateur est ainsi aspiré dans l'univers du cinéaste et il reçoit (ou subit parfois) cet univers sans pouvoir le changer ni en sortir.

L'écrivain, lui, emploie des mots, des expressions, des tournures pour susciter chez son lecteur l'évocation d'une ambiance. Par exemple, imaginons que je décrive un café :
" La salle, petite et mal éclairée, était envahie par les volutes de fumée. Quelques appliques de fer forgé, accrochées ça et là aux murs noircis, faisaient ressortir le rouge profond des banquettes de velours. Tournant le dos à la salle, une femme était accoudée au bar".

Vous n'avez pas vu les images et pourtant en lisant ces lignes, vous voyez immédiatement la scène, vous ressentez l'ambiance du lieu décrit par ces phrases. Mais ce qui est plus extraordinaire encore, c'est que chacun en lisant ces quelques mots va se représenter un endroit différent, son endroit. Les mots évoquent des images, propres à chacun. Les mots suscitent l'imagination et réveillent le monde fantasmagorique qui sommeille en nous.
 
Chacun va donc se représenter un café différent, son café à lui, d'autant plus peut-être que la description reste volontairement sobre. Par exemple de la femme accoudée au bar, rien n'est dit. Chaque lecteur va donc broder autour de cette expression de "la femme accoudée au bar". Pour certains elle sera blonde, très élégante, habillée et chaussée comme une vamp hollywoodienne, certains la verront brune vêtue de rouge, d'autres en noir, jeune, vieille, sans âge, etc.

Ce que je veux dire par là, c'est que l'écriture utilise ce fantastique outil qu'est l'imagination et puise dans ce réservoir sans fin qu'est notre imaginaire. Et l'imagination, l'imaginaire, sont autant du côté de l'écrivain qui invente un monde à l'aide de mots que du côté du lecteur qui reçoit ce monde à travers son propre prisme. Face à un récit, le lecteur n'est pas passif comme il l'est face aux images projetées sur un écran, images auxquelles il ne peut se soustraire, sauf à fermer les yeux ou sortir de la salle de cinéma.

Le lecteur est actif, au moins autant que l'auteur du récit qu'il est en train de lire.

Que de simples mots assemblés en phrases qui composent un récit puissent porter une telle puissance évocatrice est en soi un émerveillement pour l'auteur et le lecteur que je suis. C'est cela qui, en grande partie, fait ma joie d'écrire.
 
 
Anne Kerveline est l'auteur de L'homme qui détestait Noël paru aux éditions L'Ouisti.
 

Le verre de lait de trop : épilogue et fin

Comme dans L'homme qui détestait Noël, le héros de cette nouvelle découvre, un peu tard, le prix à payer pour le "cadeau" qui lui a été fait. ce n'est évidemment pas un cadeau puisqu'il y a un prix à payer et que celui-ci va malheureusement être assez élevé.
 
 
 
 
Résumé :
 
Quelques mois ont passé depuis l'étrange rencontre et Ed est devenu un auteur à succès. Pourtant, son passé va finir par le rattrapper.
 
 
Troisième partie
 
Le prix à payer
 
 
 
- “Votre verre de lait, monsieur Edberg” fit la fille d’un ton obséquieux.
- “C’est pas trop tôt !” bougonna Ed en fusillant l’assistante du regard.

La fille battit en retraite d’un air déconfit en bafouillant de vagues excuses.
“Antenne dans deux minutes !” beugla le réalisateur depuis la régie. Ed remua furieusement son lait et en prit une longue gorgée tandis qu’une maquilleuse lui repoudrait le front. Ed l’éconduit d’un geste impatient tandis qu’elle cherchait à lui en mettre sur le nez.

“Une minute !” égrenait le réalisateur depuis sa cage de verre. La maquilleuse s’éclipsa, tandis qu’Ed reposait son verre à moitié vide avec affectation. Moins d’une minute avant la prise d’antenne, l’animateur Jerry Zulschmidt n’avait pas pris la peine de venir le saluer. Zut alors, était-ce ainsi qu’on traitait l’auteur du best-seller de l’année ? Depuis que le magazine “Read” l’avait élu meilleur auteur de science fiction du moment, les ventes de son dernier roman s’étaient envolées et les télés se succédaient à un rythme effréné. Ed goûtait à cette récente notériété comme à un dû. N’était-il pas le meilleur, le plus génial, le plus inspiré des auteurs de science fiction de ces dix dernières années ? Alors, zut, un peu de respect, nom de Dieu !

“Antenne dans trente secondes !” Toujours pas d’animateur. Alors quoi, c’était ainsi qu’on traitait les invités dans cette émission ? À moitié aveuglé par le projecteur qu’un technicien venait de braquer sur lui, Ed sentit l’angoisse le gagner. On allait tout de même pas le laisser se débrouiller devant les caméras ! Bon sang, quel accueil !

“Quinze secondes !” Depuis la régie, le réalisateur commençait le décompte des secondes. Il en était à cinq quand une silhouette bondit sur le plateau. Jerry Zulschmidt lui-même, surgi de nulle part comme un diable de sa boîte, semblait parfaitement à l’aise.

“Zéro ! Jerry, c’est à toi !"

Zulschmidt gratifia la caméra d’un sourire débordant de dents grosses et blanches. “Mesdames et messieurs, bonjour ! Le Read Show est heureux aujourd’hui de recevoir celui dont il n’est pas exagéré de dire qu’il est le meilleur, le plus génial, le plus inspiré des auteurs de science fiction de ces dix années. J’ai nommé Ray Edberg.!” Une salve d’applaudissements préenregistrés salua la diatribe. La caméra cadra sur Ed qui se crut obligé de lui adresser un sourire pincé.

- “Alors, cher Ed, si on commençait par aller à la source de votre œuvre ? Où allez-vous chercher cette fabuleuse imagination qui vous caractérise ?” interrogeait Zulschmidt avec un sourire ultrabright en guise de ponctuation.
 
Comment ce type parvenait-il à parler tout en montrant jusqu’à ses dents de sagesse ?

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 (Suite)

Que trouve-t-on dans un verre de lait ? (seconde partie)

Par ces temps froids, vous aurez peut-être envie de prendre un verre de lait bien chaud pour vous réconforter. Si c'est le cas, vous serez certainement curieux d'apprendre tout ce qu'un simple verre de lait peut vous apporter. Et je ne parle pas seulement de vitamines ou de calcium… Ceci est la seconde partie de ma nouvelle : Dans un verre de lait.
 
Vous allez y découvrir un étrange personnage qui n'est pas sans rappeler l'antiquaire de L'homme qui détestait Noël.
 
Lire la première partie
 
 
Résumé :
 
Auteur de romans de science-fiction, Ed Fiorentini est en mal d'inspiration depuis que sa femme Maguy l'a quitté. Las de s'énerver devant son clavier d'ordinateur, il décide pour se changer les idées d'aller boire un verre en ville.
 
 
Seconde partie
 
Un ami qui vous veut du bien
 
 
Ed s’affala sur le zinc du bistrot comme s’il se fut agit d’une plage des tropiques. Il n’était pas un habitué de ce genre d’endroit, certes non. Il n’y mettait que rarement les pieds, du moins tant qu’il était avec Maguy. Maguy détestait les cafés. “Remplis de soulards et de bons à rien” tranchait-elle avec un mépris sans appel. Elle lui rappelait sa mère (tiens donc…). La brave femme voyaient les cafés comme des endroits où rôdent les démons du vice. Alcool et sexe venaient en tête de la longue liste qu’elle ne manquait pas de lui énumérer chaque fois que Fiorentini junior s’avisait de transgresser la règle édictée pour son salut (il faut dire que la brève existence de Fiorentini père avait été écourtée par une cirrhose carabinée).
 
La sainte femme le lui avait tant de fois répété qu’Ed avait fini par le croire et ne pénétrait jamais dans un bistrot sans une certaine appréhension. Mais maintenant qu’il était à nouveau célibataire, et de surcroît orphelin depuis longtemps, qu’est-ce qu’il risquait, hein ? De toutes manières, il était prêt à tout pour retrouver son inspiration, dut-il aller la pêcher dans le bar le plus sordide de la ville.

Sordide, il ne croyait pas si bien dire. Il s’apercut trop tard qu’il était pris au piège. Les manches en cuir de son blouson collaient au zinc comme un insecte à du papier tue-mouche.

- Un grand café et un pichet de lait, jeta-t-il au patron qui s’approchait pour prendre la commande.

Comme enduites de poix, ses manches adhéraient à tout ce qu’elles touchaient, à moins de garder les bras en l’air. Ed s’apprêtait à se déplacer vers l’une des tables de l’arrière salle, sans se faire toutefois d’illusion quand à leur propreté. Le patron déposa la commande et s’éloigna d’un air renfrogné.

- Ray Edberg en personne! ça alors, quelle chance !

En entendant son pseudonyme, Ed se retourna. À quelques mètres, un type installé au bar, lui souriait. Sans attendre de réponse, l’homme s’avança, main tendue et large sourire aux lèvres.

- Je suis fan de vos romans, monsieur Edberg! Non de non, quelle chance, quand je vais raconter ça à ma femme…


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 (Suite)

Écrire une nouvelle à partir d'une photo

Où l'auteur puisse-t-il son inspiration ? Le pouvoir de faire jouer son imagination pour faire surgir une histoire à partir de rien est un processus qui me fascine depuis longtemps. D'où viennent les histoires que l'auteur traduit sous forme de nouvelles ou de romans ?

L'homme qui détestait Noël propose une réponse à cette question.

 

Il y a cependant bien des manières de créer et partir d'une photo est l'une d'elles. Me laisser inspirer par une photographie pour laisser surgir les personnages, la situation, l'intrigue, est un exercice amusant auquel je me suis prêtée à l'invitation de Didier Vereeck.

 

petit déjeuner fini

 
Cliquez sur la photo pour la voir en grand sur le blog d'Anne-Laure Jacquart: Au présent du subjectif

 

Ainsi, nous sommes tout deux partis de la même photo de l'artiste Anne-Laure Jacquart, pour aboutir à deux nouvelles entièrement différentes.

Pour découvrir la nouvelle de Didier Vereeck : une photo diagonale

Pour lire ma nouvelle : la diagonale du plat

 


La diagonale du plat

Cette nouvelle est le fruit d'une sorte de challenge avec un ami auteur : improviser une histoire à partir de la même photo. Bien sûr, mon ami a inventé une histoire complètement différente de la mienne. Lire la nouvelle de Didier Vereeck et voir la photo.
 
 
 
La porte claqua. Les bruits de pas se fondirent dans le brouhaha de la rue. Ils étaient partis. Le silence s’éternisa avant que l’un d’eux , enfin, se décide à parler.

- Toujours pareil, ils nous laissent en carafe et comme d’habitude ça va encore durer des heures avant qu’on s’occupe de nous…
Dans la pénombre de la cuisine peu éclairée, il était difficile de savoir qui venait de parler. La voix étouffée semblait venir du côté de madame Petitplat mais ça pouvait tout aussi bien être sœur Cafetière connue pour ses dons de ventriloque et sa capacité à contrefaire sa voix.
Il y eut un court silence puis on entendit la voix timide de monsieur Petitplat.
- Oh ce que j’en ai assez de rester comme ça le ventre à l’air avec toutes ces miettes grasses étalées sur moi.
- Tout de même, ils pourraient montrer un peu de respect grommela une voix bourrue.
Cette fois, impossible de s’y tromper, c’était bien monsieur Tasse qui venait de parler. Il ponctua sa remarque d’un léger dandinement, comme s’il voulait en profiter pour réveiller mademoiselle Soucoupe qui semblait somnoler. Celle-ci se contenta d’émettre un léger gémissement en guise de protestation.
- Regardez-moi ces traînées de café qui salissent mon pied, c’est dégoûtant, reprenait monsieur Tasse qui parut avoir retrouvé un peu de vigueur après s’être dégourdi le fondement aux dépends de mademoiselle Soucoupe.
- Vous avez le culot de vous plaindre mais moi, qu’est-ce que je devrais dire!, coupa alors la voix de soprane de madame Tasse.
Toujours à vous plaindre, mon pauvre ami, mais regardez dans quel état je suis. Ce monstre a encore eu le culot d’abandonner le sachet de thé contre mon flanc. Je lui ai pourtant déjà dit et redit que je déteste ça. C’est brûlant au début, puis ça devient tout froid et gluant. Brr… Ces hommes, tous les mêmes, de vrais cochons…
 
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 (Suite)

Dans un verre de lait : calcium, protéines et plus si affinité

Voici une nouvelle en trois parties sur mon thème préféré : le commerce avec le diable. Cette nouvelle illustre le fait que le diable, au fond, nous tient par la culpabilité. C'est avant tout nos sentiments les plus honteux qu'il cherche à nous extorquer. Le héros de cette petite histoire va connaître un destin qui rappelle par certains points celui de L'homme qui détestait Noël.
 
 
Première partie :

En panne d'inspiration
 
 
Il était dix heures du matin et Ed en était à son vingt-troisième caffe con latte. Au fil des préparations, le lait avait pris une part de plus en plus importante par rapport au café et ce vingt-troisième avatar ressemblait davantage à un lait mâtiné d’une larme de café que l’inverse.

Ed contemplait pensivement la tache brune qui surnageait. Au centre de la tasse en fine porcelaine bleue, la pupille marron se dilatait mollement sans cesser de le fixer, comme pour lui dire : “alors, tu cales, Edmond ?” Un coup de cuillière rageur eut tôt fait de transformer l’insolente en une élégante spirale café tournoyant dans sa matrice de lait. Ed se laissa un instant fasciner par le mélange mouvant du brun foncé et du blanc avant de mettre fin au spectacle en avalant une large rasade de la mixture presque froide.

Il reposa la tasse avec une grimace. Des éclaboussures de lait atterrirent sur le clavier. Il les essuya d’un revers de manche tout en jetant un coup d’œil à l’écran toujours vide.

Alors, tu cales Edmond ? Ben oui, ça arrive aux meilleurs, il paraît. Rien à faire, il ne parvenait pas à aligner deux phrases qui ressemblent à un début d’histoire. C’était la panne totale, une panne sèche comme il n’en avait jamais eue, lui le prolifique écrivain de science fiction. Autre problème, la maigre avance consentie par son éditeur avait été engloutie par le loyer et les frais liés à son train de vie. Et maintenant, il fallait fournir. Quoi ? Un roman, bien sûr, ou quelque chose qui y ressemble suffisamment pour que son éditeur ne le lui envoie pas à la tête. Un roman avec une intrigue digne de ce nom, un récit construit avec un début engageant, des rebondissements, du suspens, et tout et tout…

Mais Edmond Fiorentini, quatre romans au compteur, était incapable d’accoucher ne fusse que du début d’un début d’intrigue. Panne d’inspiration totale et ce n’étaient pas les vingt-trois caffe con latte servis dans ses plus belles tasses en porcelaine qui y changeaient quelque chose.

Bon sang, qu’est ce qui se passait ? Cela marchait pourtant d’habitude : un bon café et hop, c’était parti. Ses doigts courraient sur le clavier, la tête étrangement vide comme si quelqu’un d’autre lui soufflait les phrases par dessus son épaule. Aucun effort, que du plaisir. Et les mots s’enchaînaient aux mots pour former des phrases qui formaient des pages qui formaient des chapitres qui formaient un roman, le tout bien ficelé avec une intrigue, des rebondissements et une chute généralement inattendue. Et en plus il était payé pour ça (d’accord pas grassement mais il avait de quoi vivre). Que demander de plus ?

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 (Suite)

Noël 2008 connaîtra-t-il la crise ?

Au royaume des cadeaux convenus, Noël sur Papier glacé ne semble pas connaître la crise.
 
 
cadeaux Noël kitch et chers
 
Noël 2008 n'a-t-il rien d'autre à nous offrir que des cadeaux kitch et chers ?
 
 
Vous cherchez des cadeaux pour Noël ? Vous êtes en panne d'inspiration ? Si comme le héros de L'homme qui détestait Noël, vous avez remis à la dernière minute votre recherche de cadeaux, pas de panique ! Comme chaque année, vos magazines préférés vous proposent des suggestions de cadeaux sur papier glacé. Et il y a de quoi faire. Jugez plutôt.

Pour madame, que diriez-vous d'une délicieuse minaudière Pucci à 690 euros ? (Une minaudière, c'est fait pour minauder ?) Peut-être un peu au dessus de vos moyens ? Rabattez-vous sur les pochettes en fausse fourrure éditées par la marque Sephora. Bon d'accord, c'est absolument atroce mais ça ne coûte que 14 euros. Pour le prix, vous n'allez pas faire le difficile, tout de même.

Dans le registre kitch et mémère à prix exorbitant, vous avez aussi la "robe à paillettes et motifs fleuris" signée d'un grand couturier à 1730 euros. En plus, pas besoin d'avoir la taille exacte de la dame à qui vous comptez l'offrir. C'est un sac à patates qui brille. Une taille en plus ou en moins, ça ne se verra pas. Usage polyvalent garanti (il faut dire que pour le prix…).

Ne vous en faites pas, on a pensé à tout et il y en a pour tous les goûts. Au rayon des gadgets idiots qui représentent une perte d'argent même s'ils ne coûtent pas très cher, vous avez le canard de bain à vingt euros pièce. En prime, celui-ci est affublé d'une couronne argenté pour faire plus classe.

Je ne sais pas vous, mais moi, pour moins de vingt euros, je préfère acheter un bon bouquin, L'homme qui détestait Noël par exemple, plutôt qu'un canard idiot qui n'est même pas fichu de faire coin coin…


Vous n'aimez pas Noël, dites-le avec un livre !

 
 
"D’abord, vous devez savoir que je déteste Noël."

À un mois tout juste de Noël, si comme le héros du roman, vous redoutez de voir approcher les Fêtes, si les sapins décorés et les guirlandes vous font fuir, si les vitrines illuminées vous exaspèrent, si vous êtes allergique aux angelots dorés et si les crèches miniatures vous donnent de l'urticaire, si enfin vous ne savez pas quoi offrir à votre belle-mère, à votre cousin par alliance ou à quiconque figure sur votre liste,
L'homme qui détestait Noël est fait pour vous.
 
 
 
"Mais qu’est ce qu’ils ont tous avec Noël ? On dirait que cette foutue fête les met en transe. Ils circulent dans les rues comme des enragés, courant après je-ne-sais-quoi comme si leur vie en dépendait. De tous côtés ça clignote, ça brille, ça rutile. On se croirait dans un gigantesque juke-box. La ville entière est un festival de lumières. Les magasins sont bondés, les rues débordent, les gens se bousculent, klaxonnent, s’injurient. Vous parlez d’une fête ! Tout ça sur fond de musique céleste et de chœurs angéliques !"
 

Comment protester, crier son ras le bol d'une fête qui a perdu son sens
, dire stop aux conventions et aux faux semblants, aux cravattes, aux parfums de marque, aux gadjets high tech, chers, polluants et souvent inutiles, achetés à la dernière minute, en désespoir de cause parce que qu'on ne sait plus quoi offrir d'autre après avoir épuisé tous les cadeaux convenus qui finiront au fond d'un placard ou qu'on s'empressera d'échanger sitôt la fête terminée ?

C'est simple, pour dire non à ce folklore dépassé, pour affirmer votre position, sans équivoque et néanmoins avec élégance, offrez un livre au message clair, offrez-vous le luxe d'offrir
L'homme qui détestait Noël.

Le seul livre qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : je déteste Noël !


L'homme qui détestait Noël, un cadeau simple, évident, qui vous dispense d'un long discours et entraîne la personne à qui vous l'offrez dans une spirale fantastique à la rencontre… du diable !


Marquez votre différence, soyez vous-même, offrez
L'homme qui détestait Noël (un roman paru aux éditions Luigi Castelli).
 
 

Les poupées vaudou du président

Elles font couler beaucoup d'encre, ces poupées, depuis que le président français a décidé de saisir la justice pour atteinte à son image.

Le président a été débouté par le tribunal qui estime que cette "représentation non autorisée de l'image de Nicolas Sarkozy ne constitue ni une atteinte à la dignité humaine, ni une attaque personnelle. Elle s'inscrit dans les limites autorisées de la liberté d'expression et du droit à l'humour" (sic).

Fabriquer une poupée vaudou à l'effigie d'une personne ne serait pas une atteinte à la dignité humaine ? Pas sûr. La finalité d'une poupée vaudou, censée représenter l'esprit d'une personne, est de jeter un sort. La sorcellerie occidentale n'est d'ailleurs pas en reste. Depuis le XIIIe siècle en Europe, on fabrique des poupées de cire, de bois ou encore de chiffons dans le but de jeter des sorts. On y glisse un élément ayant appartenu à la personne (cheveux, bouts de peau, rognures d'ongle…) afin de rendre le transfert possible. Dès lors, toute action malveillante sur la poupée a une action similaire sur la personne envoûtée.

Si vous croyez ces pratiques d'un autre âge, détrompez-vous. On trouve sur internet des conseils pour fabriquer soi-même sa poupée vaudou, histoire de jeter un sort à son voisin ou encore à un rival, un concurrent… Dans une nouvelle "Pas joli, joli", publiée sur le site des éditions Luigi Castelli, j'ai mis en scène l'employé d'une grande entreprise qui fabrique des poupées modelées dans de la terre pour se débarrasser d'un collègue dont il convoite le poste.
 
Extrait :

Il y a un siècle ou deux, il aurait descendu Vérard avec un flingue ou il l’aurait poignardé à la sortie des bureaux. Ou alors, il l’aurait pris à la gorge et il l’aurait saigné. C’est comme ça que ça se passe dans la meute. Et l’entreprise, c’est une meute où Bérin, loup dominant, allait imposer sa loi par la force du croc.

Dommage qu’à notre époque il faille jouer plus fin. Les poisons, peu aisés à manier, exigent des connaissances poussées. Payer un tueur, il n’en avait pas les moyens. Restait la magie noire. Ni vu, ni connu, je t’envoûte… et te mens ! (envoûtement, ah ah ah !).


Las, la magie, surtout noire, maniée par des mains inexpertes, réserve quelques surprises…

Pour en revenir aux poupées vaudou de notre président, il est dommage que notre monde dominé par la raison porte un regard si extérieur sur la réalité des choses. Car personne dans cette affaire ne s'est posé la question de savoir ce que pourraient produire les intentions concertées de centaines, voire de milliers de personnes, piquant joyeusement la poupée en imaginant que c'est le président. Si la pensée est effectivement créatrice, que peut produire cette forme d'envoûtement moderne qui cache son nom sous le masque de l'humour et de la dérision ? Car finalement, le plus important dans toute forme d'envoûtement reste l'intention et l'énergie qu'on y met.
 
 
Anne Kerveline est l'auteur de L'homme qui détestait Noël paru aux éditions Luigi Castelli.
 
 

Le diable vend des cierges à la sortie des églises

Depuis la nuit des temps, le diable a su diversifier ses activités. Telle est le secret de sa prospérité. Si son commerce ne connait pas la crise, c'est qu'en habile commerçant, il a le don de vendre aux humains ce dont ils pensent avoir besoin. Ils "pensent", là est tout le problème. Le héros de L'homme qui détestait Noël fait la douloureuse expérience de voir exhausser des besoins qui ne sont que mentaux.

"Je vends comme je respire" déclare le personnage de Gregory Salzmann dans L'homme qui détestait Noël. Présenté sous les traits d'un antiquaire aux méthodes discutables, le diable, commerçant génial, prend bien d'autres visages.

J'aurais pu le mettre en scène en financier, patron du CAC 40, ou bien en dirigeant d'une grande entreprise comme dans le film où Al Pacino, face à Keanu Reeves, campe un diable aux méthodes redoutables. Ou encore, pourquoi pas, en propriétaire d'une boutique de souvenirs dans un haut lieu de pélerinage, Lourdes ou Lisieux par exemple.

À Lisieux, où la basilique Sainte Thérèse attire chaque année des milliers de visiteurs, on apprenait tout récemment que les parents de la sainte viennent à leur tour d'être béatifiés. La raison reste mystérieuse. Mais si les voies de l'Église sont impénétrables, les retombées économiques sont sonnantes et trébuchantes. Voici en substance ce que déclarait au micro d'un journaliste de France Info, le patron d'une des boutiques qui font commerce de souvenirs religieux au pied de la basilique.

"C'est bon pour le commerce cette béatification des parents de Sainte Thérèse. On va cartonner fort, ça va attirer encore plus de touristes. Ici, tout est prêt: les médailles, les statues, les cierges. Les catalogues de vente par correspondance sont prêts aussi, pour assurer le suivi" expliquait l'homme en se frottant les mains. Les souvenirs religieux en VPC, il fallait y penser. Mais pas question de perdre des clients et puis il faut diversifier pour augmenter le chiffre d'affaire.
 
L'Église fait la promotion et les commerçants récoltent les royalties. Réconfortant, n'est-ce pas, cette conception du commerce religieux bien compris ? Le commerce du diable à la sortie des lieux saints ne date pas d'hier. Il y a deux-mille ans, un certain Jésus chassait les marchands du temple. Qu'à cela ne tienne, ils sont revenus s'installer autour. Décidément, le diable a de la suite dans les idées.
 
 
L'homme qui détestait Noël est paru aux éditions L'Ouisti (une marque des éditions Luigi Castelli)

Loi d'attraction : nouvelles perspectives

C'est LE concept à la mode. Plus un stage de développement personnel qui ne se réclame de cette fabuleuse loi d'attraction. De quoi s'agit-il ? Pour les profanes, disons qu'il s'agit d'apprendre à obtenir de l'univers qu'il réalise nos désirs, tous nos désirs, même les plus fous. D'après les promoteurs de ce concept, obtenir un café ou la fortune, en gros c'est pareil et fait appel aux mêmes mécanismes. Bien sûr, tout n'est pas si simple. Il s'agit de savoir s'y prendre, de se mettre dans le bon état intérieur, de formuler sa demande avec les bons mots. Bref, trouver le sésame qui mène à la réalisation de ses désirs relève d'un art qu'une multitude de gourous, prompts à surfer sur la tendance, ne demandent pas mieux que de vous enseigner (tiens, tiens, ils ont encore besoin de travailler, ceux qui maîtrisent cette loi ?).

Mais le problème avec la loi d'attraction, c'est : que demandez-vous ? Vous qui demandez à l'univers (ou au diable !) êtes-vous certains que le désir que vous souhaitez voir se réaliser est le plus cher, le plus intime, le plus important de tous ceux qui vous habitent ? Pas sûr. Au-delà des désirs qui flottent à la surface de notre psychisme (amour, gloire, beauté, fortune) comme la mousse sur le café, pourraient bien s'en cacher d'autres, moins avouables, non reconnus mais infiniment plus puissants (la partie immergée de l'iceberg, en somme). Ainsi donc, la personne capable d'attirer à elle par la loi d'attraction la vague d'énergie motrice mettant en branle l'univers vers la réalisation de ses désirs, pourrait bien avoir quelques surprises au moment de la concrétisation de ceux-ci. Le puissant courant d'énergie libéré par cet appel s'engouffre dans votre psychisme et matérialise tous vos désirs. J'ai bien dit tous et c'est là que cela devient problématique.

Prenez l'homme qui détestait Noël, par exemple. En apparence son plus cher désir est de sauver son couple. Pour cela, il est même prêt à pactiser avec le diable. Malheureusement pour lui, ce désir apparent en cache beaucoup d'autres : mettre fin à une vie faite de routine et d'hypocrisie affective, fuir un boulot où il s'ennuie et, par dessus tout, désir le plus profond et le plus essentiel, retrouver son âme d'enfant. Tous ses désirs se trouveront réalisés par le diable qui, quoi qu'on en dise, n'est pas mauvais bougre.

L'homme qui détestait Noël est un exemple de la mise en application de la loi d'attraction sans conscience des forces mises en œuvre. Un autre exemple nous est proposé par Jacques Osanati dans une nouvelle intitulée le Coup de grâce, éditée dans la collection Livre Carte Postale des éditions L'Ouisti. Est-il bien raisonnable de chercher à piloter les forces invisibles, s'interroge l'auteur. 
 
Des exemples à méditer avant de faire votre demande à l'univers. Quant à ceux qui n'obtiennent pas de résultat avec cette méthode, ils comprendront pourquoi cela vaut peut-être mieux pour eux.

Bon, il faut que je retourne m'exercer pour le Renaudot, le Goncourt, le Fémina…
 
 
L'homme qui détestait Noël est paru aux éditions L'Ouisti (une marque des éditions Luigi Castelli)
 
La collection Livre Carte Postale est éditée par L'Ouisti, une marque des éditions Luigi Castelli.
 

Le don de l'écriture : processus créatif de l'écrivain

l'homme qui détestait Noël est un roman très particulier dans le sens où il explicite mon rapport à l'écriture. Inventer des histoires, écrire, avoir la capacité de construire un univers romanesque, est-ce un don ?

Je le crois. Je crois aussi que l'auteur n'invente ni ne construit rien. L'écrivain est pour moi une sorte de médium qui a la capacité de se brancher sur une sorte d'ailleurs et de capter des histoires et des personnages qui existent déjà.

C'est ma perception de l'écriture telle que je la décris dans l'homme qui détestait Noël. Le héros se voit, bien malgré lui, révéler qu'il possède ce don d'écriture. Mais, malheureusement pour lui, ce don qu'il ne maîtrise pas le submerge et il devient l'esclave ou le scribe d'une multitude de personnages qui le harcèlent jour et nuit pour qu'il transcrive leur histoire.

L'auteur, pour moi, n'est pas quelqu'un qui invente mais quelqu'un qui transcrit une histoire déjà écrite. L'histoire vit sa propre existence sur un autre plan, quelque part dans notre imaginaire ou ailleurs. Et c'est précisément cela que je trouve merveilleux et fascinant dans la capacité d'écrire. C'est un peu comme se laisser prendre par la main et se laisser guider pas à pas au long d'une histoire qui nous conduit où elle a décidé de nous conduire.

Je compare ce processus au fait de saisir le fil qui dépasse d'une pelote de laine et ensuite doucement tirer dessus pour dévider la pelote. En tant que transcripteur, on ne sait pas où on va, on ne sait pas ce qui va se passer. Même si on croit en avoir une idée, un événement imprévisible peut tout à coup surgir et bouleverser le cours du récit dans une direction que l'on avait pas prévu. Plus encore que les personnages, l'histoire est une entité qui possède sa propre vie, sa propre logique. Même si vous ne savez pas pourquoi un détail apparaît à un moment donné, l'histoire, elle, le sait et vous vous apercevez au final que tout se recoupe, s'assemble, prend forme avec logique et cohérence comme un vaste puzzle.

Découvrir l'histoire à mesure que j'en déroule le récit par l'écriture est mon plus grand plaisir. J'espère le partager avec vous.
 

Le complexe de Midas ou prendre la responsabilité de ses désirs

Quelque soit le motif pour lequel vous passiez un marché avec le diable (argent, beauté, santé, amour ou tout en même temps), vous pouvez être certain d'une chose : l'affaire se terminera mal pour vous. Comme le héros de l'homme qui détestait Noël, vous avez toutes les chances de vous retrouver dans une situation passablement inconfortable.

Le diable prend un malin plaisir (c'est le cas de le dire) à exhausser nos désirs d'une manière qui se révèle au final profondément frustrante et insatisfaisante. Mais cela ne tient-il pas à la manière dont nous les formulons ? Lorsqu'on fait un vœux, il faut, dit-on, choisir soigneusement ses mots. Prenez ce malheureux Midas qui avait imprudemment formulé le souhait que tout ce qu'il touche se transforme en or. Eh bien, le diable, sous la forme des Dieux, a exhaussé son vœux au pied de la lettre. Le malheureux Midas s'est retrouvé à mourir de faim et de soif au milieu d'une véritable fortune. Tout ce qui touchait son corps se transformait effectivement en or !

Mais l'issue malheureuse ou décevante de notre commerce avec le diable tient tout autant à la nature même de notre désir. Le problème est que ce désir n'est pas cohérent avec nos besoins et ne cadre pas avec nos envies véritables. À la base de notre demande au diable existe donc une ambivalence, une dualité que l'issue fatale du pacte diabolique ne fait au final que révéler. Sous cet angle, le diable ne nous met-il pas face à nos choix et aux conséquences de nos véritables désirs ? "Ok, tu veux cela mais est-ce vraiment ton choix ou un autre désir opposé ne se cache-t-il pas derrière ta demande ?" semble demander le diable.

L'homme qui détestait Noël, par exemple, est prêt à se damner pour obtenir un cadeau destiné à sa femme. L'enjeu est important : il s'agit de préserver son couple. Pourtant, derrière ce désir qui mobilise le héros au point de pactiser avec le diable, s'en cache un autre, inconscient et surtout contradictoire avec le précédent : en finir avec les faux-semblants, une vie faite d'apparences, un travail sans intérêt et un couple de convenance. C'est ce désir non reconnu, et pourtant prioritaire, qui vient semer le trouble et génère la catastrophe.

Bien que non formulé, c'est ce désir inconscient qui est finalement exhaussé par le diable d'une manière inattendue et d'une certaine manière cocasse. De ce point de vue, le diable n'est-il pas ce génie, bon ou mauvais, qui exhausse nos vœux, tous nos vœux ? Car l'homme qui détestait Noël voit bel et bien tous ses souhaits exhaussés, y compris les plus intimes et les moins avouables : il obtient son cadeau pour sa femme et aussi tout le reste !
 
Les adeptes de la loi d'attraction feraient bien de se poser des questions !
 
Petit conseil pour conclure, aux adeptes de la loi d'attraction et aux autres: avant d'invoquer l'univers, le Père Noël, le génie de votre lampe ou le diable, soyez attentif à vos demandes car toutes pourraient bien se réaliser…
 
 
L'homme qui détestait Noël est paru aux éditions L'Ouisti (une marque des éditions Luigi Castelli).
 
 

Le diable n'est pas Satan

Si j'ai fait du diable, le personnage central de mon livre, c'est parce qu'il me fascine. Pourtant, je considère que le diable ne peut être confondu avec Satan. Proche de nous, le diable cristallise tous nos travers humains : goût du pouvoir, avidité, avarice, mesquinerie, traits que l'on retrouve dans l'homme qui détestait Noël, incarnés par le personnage de Gregory Salztmann.
 
Le diable est quasiment humain. Ne dit-on pas un bon petit diable ou un diable d'homme ? Le diable ne cherche pas à nous détruire, seulement à nous manipuler, à nous séduire, c'est à dire au sens étymologique du terme à nous conduire à lui (se ducere) , à nous attirer dans ses filets pour mieux nous utiliser, se nourrir en quelque sorte de nos émotions. Dans un langage plus "énergétique", on pourrait dire que le but du diable est de nous prendre notre énergie vitale, la détourner à son profit pour s'en nourrir à la manière d'un vampire. Les deux mythes sont d'ailleurs proches dans l'imaginaire collectif.

Satan, au contraire, est pour moi le principe de destruction absolu. Il est le mal absolu et en ce sens s'oppose et s'affronte à Dieu, bien absolu. Satan n'a rien d'humain. Même s'il est souvent confondu avec le diable, Satan ne s'incarne pas à travers un personnage mais à travers des événements dramatiquement destructeurs comme les guerres, les génocides. La Shoah, par exemple, ne saurait être l'œuvre du diable mais de Satan.

Le personnage de Gregory Saltzmann est diabolique dans le sens où, telle l'araignée au centre de sa toile, il attire à lui le héros, il l'appâte, l'égare, l'enivre, jusqu'au point où le malheureux n'a d'autre choix que de livrer son âme. Le héros cède son âme au diable dans le sens où lui laisse accéder au plus intime de lui-même, au tréfond de sa mémoire là sont enclos des souvenirs de honte et de culpabilité qu'il croyait à jamais oubliés. Mais le diabolique Saltzmann va les extirper pour se repaître, se sustenter des sentiments pénibles du héros comme d'un met délicat :
 
"[…] je me sentis tout petit devant lui, comme cet enfant en moi, les yeux baissés,
les joues empourprées de honte et les mains croisées sur le ventre pour tenter de cacher… " 
 
Extrait du chapitre 16 (voir l'intégrale sur le site des éditions Luigi Castelli)
 
 

L'homme qui détestait Noël

l'homme qui détestait NoëlL'homme qui détestait Noël, premier livre édité d'Anne Kerveline, raconte l'histoire d'un homme dont la vie tourne peu à peu au cauchemar. C'est aussi en quelque sorte l'histoire d'un homme qui a fait un mauvais choix en invoquant l'aide du diable et qui en paie ensuite le prix. Un prix qu'il n'aurait sans doute pas imaginé aussi élevé. Sinon, aurait-il choisi de pactiser avec le diable ?

L'histoire commence de manière très banale une veille de Noël pour glisser peu à peu dans un univers surnaturel qui s'ouvre sous les pieds du héros comme une espèce de chausse-trappe qui va progressivement le happer, le dévorer, jusqu'au point de non retour.

Ce qui est fascinant dans cette histoire, c'est que le fantastique se cache justement derrière une succession d'actes en apparence insignifiants. Pourtant, c'est cette succession de coincidences qui donne au récit son caractère mystérieux, voire effrayant.

Qui, en proie au désespoir ou à la colère, n'a jamais invoqué le diable ? Qui croirait pouvoir ainsi obtenir une réponse ? Personne.

Et pourtant quand une série d'événements se produisent suite à cette demande, prononcée sans vraiment y croire, quand la vie se transforme malgré soi, alors le doute est permis et l'imagination enfiévrée s'interroge. Et s'il m'avait répondu ? Et si c'était lui ?

Seulement voilà, même si le diable répond, les choses ne se déroulent pas comme le héros les avait imaginées. Le cadeau du diable est inimaginable. N'est-il pas trop grand, trop beau, trop puissant pour un simple être humain ? Demander, c'est bien. Encore faut-il être prêt à recevoir…
 
L'homme qui détestait Noël est paru aux éditions L'Ouisti (une marque des éditions Luigi Castelli).
 

Merci pour le chocolat

L'habillage chocolat de ce blog n'a pas été choisi au hasard.

Dans L'homme qui détestait Noël, Gregory Saltzmann, le personnage qui incarne une des facettes du diable, sert à sa victime une boisson à la douceur enivrante qui n'est pas du chocolat et pourtant en est proche par l'essence symbolique.

Le chocolat évoque le film de Claude Chabrol, Merci pour le chocolat, centré lui aussi sur un personnage diabolique incarné par Isabelle Huppert. Une femme, en apparence charmante et lumineuse, contrôle en réalité son petit monde, telle l'araignée au centre de sa toile, à coup de chocolat additionné d'un neuroleptique puissant.

Le chocolat qui cache des pointes d'amertume sous une apparente douceur est un breuvage moins innocent qu'il y paraît. Chez les Mayas qui s'en servaient comme d'une drogue, le chocolat était une boisson sacrée, servie à l'empereur dans une vaisselle précieuse, chaque jour différente. En Europe, au XVIIIe siècle, le chocolat était considéré comme un remède et vendu en pharmacie.

Le chocolat et le diable ont ceci en commun de nous attirer par une douceur, une apparente facilité qui cache bien des pièges. Vous buvez, vous appréciez mais qu'il y-a-t-il dans votre tasse ? Le chocolat servi par l'héroïne de Chabrol est bourré de Rohypnol, la drogue du viol.

Quant au breuvage servit par Gregory Saltzmann, il contient une mystérieuse drogue dont la propriété est de mettre à nu l'âme de celui qui en boit, une autre forme de viol, psychologique cette fois mais pas moins douloureux.

Demandez à l'homme qui détestait Noël, il donnerait tout pour n'y avoir jamais goûté.

 

"… c’était de l’or liquide, un breuvage tout en finesse et en délicatesse qui vous chauffait doucement les papilles sans brûler, et vous laissait en bouche un goût de pain d’épices alsacien. Jamais auparavant je n’avais goûté quelque chose de semblable. Plus jamais je n’ai retrouvé cette sensation si particulière d’épices et de miel mêlés, qui fondent subtilement sur la langue tout en vous réchauffant agréablement la bouche. "

Extrait de L'homme qui détestait Noël , chapitre 13, page 112


Pourquoi le diable ?

L'homme qui détestait Noël n'est pas le premier livre que j'ai écrit mais c'est mon premier livre édité. Bien qu'il n'apparaisse pas dans le titre, le diable est un personnage important, sinon l'élément central de ce livre.

Le diable est un personnage qui fascine. Je ne dois pas être la seule à le penser. Lorsque nous sommes taraudés par le désir, que ce soit pour un objet, plus d'argent ou pour une personne, nous n'avons que deux solutions: prier Dieu ou invoquer le diable. Si Dieu ne répond pas ou trop rarement, le diable est réputé répondre toujours présent.

"Ce gars-là est toujours prêt à vous aider à condition qu'on y mette le prix" pense le personnage principal du roman au moment où il est tenté d'invoquer le diable.

Si le diable répond présent, c'est bien sûr au prix fort pour le malheureux qui commet l'imprudence de l'invoquer. Avec le diable, rien n'est gratuit et c'est là le problème. Le héros du livre va d'ailleurs, peu à peu, l'apprendre à ses dépends.

On peut donc voir le diable comme un ange en négatif. Alors que l'ange lumineux est don total, le diable, parfois appelé ange noir, est séduction et captation. Le "cadeau" qu'il vous fait n'est que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus pervers. S'il vous donne ce que vous demandez (une voiture, un emploi, une maison de rêve), c'est pour mieux vous prendre dans ses filets. Avec le diable, rien n'est gratuit, tout est calcul. Le don apparent qu'il vous fait n'est en réalité qu'un investissement qu'il espère bien récupérer au centuple.

En ce sens, le diable est un personnage très contemporain qui a compris, bien avant tout le monde, l'art d'appâter le chaland pour mieux l'escroquer. Et la publicité qui n'est jamais avare de promotions en tout genre et vous distribue généreusement des échantillons gratuits, utilise des ficelles étrangement proches de celle du diable. On pourrait aussi parler des banques qui vous promettent des placements à des taux mirifiques pour mieux capter votre argent. Mais c'est une autre histoire…